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Voyage zéro déchet : le guide pratique pour adopter un mode de vie nomade écolo

Zéro déchet en voyage, c'est possible : après trois semaines en Écosse, mon sac ne contenait que trois déchets. Découvrez les réflexes simples et les erreurs à éviter pour réduire votre impact, sans sacrifier le plaisir du voyage.

Voyage zéro déchet : le guide pratique pour adopter un mode de vie nomade écolo

Le 14 août dernier, j'ai vidé mon sac à dos sur la table de la cuisine. Trois semaines de voyage en Écosse, et voilà le bilan : un sac de chips froissé, deux mouchoirs en papier, une étiquette de bagage, et le film plastique d'un sandwich acheté à la gare de Stirling. C'est tout. Pas de bouteille, pas de gobelet, pas d'emballage de barre chocolatée. Et pourtant, je n'ai rien fait d'extraordinaire. J'ai juste appliqué, pendant ces trois semaines, les mêmes réflexes que ceux que je vous propose de découvrir ici.

Le voyage zéro déchet, ce n'est pas une performance. C'est une série de petites décisions prises à l'avance, qui vous permettent de profiter de votre séjour sans laisser derrière vous une montagne de plastique. L'objectif n'est pas la perfection — avouons-le, elle est inatteignable — mais la réduction. Et franchement, les résultats sont plus simples à obtenir qu'on ne le croit. Voici comment j'ai procédé, avec les erreurs que j'ai commises en chemin pour que vous les évitiez.

Points clés à retenir

  • Le voyage zéro déchet repose sur les 5 R : Refuser, Réduire, Réutiliser, Recycler et Composter — un cadre popularisé par Bea Johnson.
  • La préparation à la maison fait 80 % du travail : un kit minimaliste de 6 à 8 objets couvre l'essentiel des besoins.
  • L'eau est le premier poste de déchets en voyage : une gourde filtrante règle le problème, même dans les pays où l'eau du robinet n'est pas potable.
  • Face aux hébergements, la stratégie est claire : refuser les consommables à usage unique avant même de les utiliser.
  • Les solutions diffèrent selon le type de voyage : la ville, la nature et les pays en développement ne posent pas les mêmes défis.

Pourquoi le voyage zéro déchet est un vrai défi

Quand on est chez soi, le zéro déchet est presque mécanique. On a son pot de vrac, son composteur, son cabas. On contrôle son environnement. En voyage, tout ce contrôle s'effondre. Vous êtes face à des inconnues : la politique de recyclage de l'hôtel, l'absence de fontaine à eau, le sandwich vendu dans son emballage plastique parce qu'il n'y a pas d'alternative. Le problème, ce n'est pas votre motivation. C'est le système dans lequel vous évoluez.

Et là, surprise : la solution n'est pas de s'équiper comme un explorateur. Elle est de changer de logique. Plutôt que de chercher à tout recycler sur place, l'idée est de refuser en amont ce qui deviendra un déchet. C'est le premier des 5 R, et c'est de loin le plus efficace.

Ce que les 5 R signifient concrètement en voyage

Les 5 R, popularisés par Bea Johnson, sont Refuser, Réduire, Réutiliser, Recycler, et Composter. Sur la route, chacun prend une forme particulière :

  • Refuser : dites non aux goodies de l'hôtel (les petits flacons, les chaussons, le kit couture), aux pailles proposées avec le verre, aux sacs plastique de la boutique de souvenirs.
  • Réduire : prenez moins de choses, mais choisissez-les bien. Une seule gourde, pas trois.
  • Réutiliser : votre serviette de toilette, vous la gardez plusieurs jours. Votre sac à pain, vous le ressortez à chaque marché.
  • Recycler : quand un déchet existe malgré tout, trouvez la bonne filière. Dans les pays où le recyclage est inexistant, cela signifie parfois… le rapporter chez vous.
  • Composter : les épluchures et restes organiques n'ont pas leur place dans une poubelle de voyage. En pleine nature, on les enterre. Évidemment, cette option s'avère impossible en centre-ville — nous y reviendrons.

Le piège, je l'ai vécu : vouloir appliquer les 5 R à la lettre dès le premier jour. Résultat, j'étais épuisé, et j'ai craqué sur un paquet de biscuits industriels à la troisième journée. Le zéro déchet en voyage est un processus. Commencez par refuser, et le reste suivra.

Le kit essentiel que j'emporte partout

Après des années d'essais et d'erreurs, j'ai réduit mon équipement à sept objets. Sept. Pas trente. Et avec ces sept objets, je couvre 90 % de mes besoins quotidiens en voyage. La liste est simple :

Le kit essentiel que j'emporte partout
  • Une gourde filtrante (environ 800 ml)
  • Un cabas pliable qui tient dans la poche
  • Un ensemble de couverts (fourchette, cuillère, baguettes)
  • Un gobelet en silicone pliable
  • Une serviette en microfibre qui sèche en deux heures
  • Un sac à vrac en coton pour les achats alimentaires
  • Un kit de couture minuscule (une aiguille, du fil, deux boutons)

Ce kit pèse moins de 500 grammes. Et il m'a permis, lors d'un voyage de dix jours à Lisbonne, de ne produire qu'une demi-poubelle de déchets — pour deux personnes. La moitié de ce qui restait était des tickets de transport et des étiquettes de fruits. Le reste, c'était du recyclable.

Mais attention : ce kit ne suffit pas. Il faut savoir l'utiliser. Et c'est là que les choses se corsent.

Comment gérer l'eau sans bouteilles en plastique

C'est LA question que tout le monde me pose en premier. Et elle est légitime : dans beaucoup de destinations, l'eau du robinet n'est pas potable, et les bouteilles plastique semblent être la seule option. Sauf qu'il y a une alternative : la gourde filtrante. Ces systèmes éliminent bactéries et parasites, et transforment l'eau du robinet local en eau potable. Je l'ai utilisée au Maroc, en Inde, en Roumanie — sans jamais tomber malade.

Bien sûr, il faut se renseigner à l'avance sur la qualité de l'eau de sa destination. Dans les zones où l'eau est polluée chimiquement lourdement (pesticides, métaux lourds), un filtre ne suffit pas. Mais dans la grande majorité des cas — les pathogènes biologiques étant le problème principal — la filtration fonctionne très bien. Et le gain est énorme : une gourde filtrante remplace des centaines de bouteilles sur un an de voyages.

Et lorsque l'eau est potable au robinet ? Alors le problème est déjà résolu. Il suffit de remplir sa gourde partout. J'ai traversé la Suisse avec une simple gourde en acier. Zéro bouteille, zéro déchet, et une certaine fierté à chaque fontaine publique.

Les stratégies par type de voyage

Un voyage en ville, un trek en montagne, un séjour dans un pays en développement — ce ne sont pas les mêmes défis. Voici ce que j'ai appris en testant les trois configurations.

Les stratégies par type de voyage

Voyage en ville : comment résister aux pièges

La ville est un terrain miné pour le zéro déchet. Les snacks emballés, les cafés à emporter, les goodies touristiques. La parade est simple : repérez les marchés et les épiceries de quartier dès votre arrivée. C'est là que vous trouverez des fruits en vrac, du pain sans emballage, et parfois même des fromages à la coupe. À Barcelone, je me suis régalé au marché de la Boqueria avec un sac en coton et un peu d'audace. Les vendeurs ont été ravis de me servir sans plastique — certains m'ont même offert des échantillons.

Deuxième piège : les hôtels. Les mini-flacons de shampoing, les gobelets en plastique dans la salle de bain, les dosettes de café individuelles. Ma règle : ne pas les utiliser, et le signaler à la réception. Non par agressivité, mais pour faire passer le message que ces consommables sont superflus. J'ai même eu une conversation passionnante avec une directrice d'hôtel à Lyon, qui cherchait comment supprimer ces plastiques sans mécontenter sa clientèle. Mon conseil : commencez par les retirer des chambres, et proposez-les uniquement sur demande. Elle l'a fait. Les réclamations ? Aucune.

En pleine nature : les règles du jeu

En randonnée, la règle d'or est « ce que vous apportez, vous le ramenez ». C'est simple, et pourtant, combien de fois ai-je vu des mouchoirs en papier ou des emballages de barres de céréales abandonnés au bord du sentier ? Une fois, au Népal, j'ai ramassé un paquet de biscuits vide qui aurait mis des années à se dégrader à cette altitude. Ce geste a lancé une conversation avec un groupe de randonneurs néerlandais, qui ont fini par m'aider à collecter un sac complet de déchets laissés par d'autres.

Pour les déchets organiques, la règle est de les emporter aussi. Les épluchures de fruits mettent des mois à se décomposer en altitude, et elles perturbent la faune locale. Enterrez-les à au moins 60 mètres de tout point d'eau si vous êtes vraiment obligés de les laisser, mais le réflexe correct est le sac dédié dans votre sac à dos. Oui, ça sent un peu. C'est le prix à payer. Une fois, j'ai oublié un sac d'épluchures dans mon sac pendant deux jours, en pleine chaleur estivale. L'odeur était… mémorable. Depuis, j'ai un sac spécifique, refermable, et je le vide dès que possible.

Pays en développement : adapter sa stratégie

Là-bas, le zéro déchet prend un sens différent. Le problème n'est pas votre propre consommation, mais la gestion des déchets en général. Dans de nombreux pays, les infrastructures de recyclage sont inexistantes. Ce que vous jetez finit dans une décharge à ciel ouvert, ou pire, dans la nature. La stratégie change donc : rapportez ce que vous avez apporté.

Concrètement, cela signifie éviter les achats alimentaires emballés — ce que la cuisine locale permet souvent, avec ses marchés. Et pour le reste, j'ai une règle : si je ne peux pas le recycler sur place, je le ramène chez moi. C'est contraignant, mais c'est la seule façon de garantir que mes déchets ne finiront pas dans un fleuve. J'ai voyagé un mois en Asie du Sud-Est avec un petit sac de déchets non recyclables — environ 200 grammes — que j'ai ramenés à Paris pour les jeter dans la bonne filière.

La location et la réparation : le R le plus efficace

Un aspect du zéro déchet qu'on oublie souvent en voyage, c'est l'équipement lui-même. Au lieu d'acheter du matériel neuf que vous utiliserez une fois, louez-le. Une tente, un vélo, un drone, une batterie externe : presque tout se loue désormais. Lors d'un voyage aux Açores, j'ai loué un kayak et du matériel de camping plutôt que de les acheter. L'économie : environ 150 €, et surtout, aucun équipement neuf produit pour un usage unique.

La location et la réparation : le R le plus efficace

La réparation est tout aussi importante. Une sangle de sac cassée, une fermeture éclair coincée, un trou dans une chaussette : tout cela peut se réparer. J'ai cousu des dizaines de boutons dans des chambres d'hôtes, à la lumière d'une lampe de chevet. C'est méditatif, et cela prolonge la vie de vos affaires. Un simple kit de couture a sauvé mon sac à dos lors de mon voyage en Écosse — sans lui, j'aurais dû en racheter un sur place.

Objet Durée de vie moyenne* Coût de remplacement Impact du kit de réparation
Sac à dos 5-7 ans 100-200 € Extension de 1-2 ans pour 2 € de fil
Tente 10-15 ans 200-400 € Réparation des arceaux et toiles
Gourde Indéfini 20-30 € Joint de remplacement uniquement
Vêtements techniques 3-5 ans 50-150 € Recouture des coutures et fermetures

*Durées constatées sur mes propres équipements et ceux de mon entourage.

Le recyclage en voyage : bien faire les choses

Quand le déchet existe, il faut le recycler correctement. C'est plus facile à dire qu'à faire. Dans certains pays, les conteneurs de tri sont omniprésents — c'est le cas de l'Allemagne, qui est un modèle du genre. Dans d'autres, ils sont quasi inexistants. Face à cette disparité, j'ai développé une méthode : je sépare mes déchets au fil de l'eau, dans des poches dédiées de mon sac. Le plastique, le papier, le verre et l'organique ont chacun leur compartiment. Cela paraît contraignant, mais cela devient vite un réflexe.

Le vrai piège, c'est le recyclage « sauvage » : jeter son papier dans un conteneur qui n'est pas collecté, ou mélanger des matériaux non recyclables avec du recyclable par optimisme. J'ai fait cette erreur en Roumanie, où j'ai mis une canette en aluminium dans un conteneur à déchets ménagers, pensant bien faire. Un habitant m'a expliqué que ces conteneurs n'étaient pas triés à la collecte. Une information précieuse : renseignez-vous sur le système local avant de recycler. Un déchet mal trié peut tout contaminer.

Et pour l'organique ? En ville, le compostage est rarement accessible aux voyageurs. La solution pragmatique : réduire sa production de déchets organiques. Évitez les fruits trop mûrs qui finiront en compote, privilégiez les repas au restaurant plutôt que les pique-niques improvisés, et si vous avez des restes, demandez s'il y a un composteur dans l'hébergement. Les éco-lodges et certains hôtels en ont de plus en plus. Surprise : à Copenhague, mon hôtel compostait tous ses déchets organiques, et ceux des clients.

Les erreurs que j'ai commises pour que vous ne les fassiez pas

J'ai commencé le voyage zéro déchet avec un enthousiasme naïf. Et j'ai échoué. Trois fois sur mes cinq premiers voyages, j'ai abandonné en cours de route. Non par manque de volonté, mais à cause d'erreurs évitables.

  • La première : vouloir être parfait du premier jour. Résultat, la moindre entorse me semblait être un échec, et j'abandonnais tout. J'ai appris à accepter les imperfections. Un emballage de bonbon, ce n'est pas un drame. C'est une occasion de réfléchir à comment l'éviter la prochaine fois.
  • La seconde : s'équiper trop, trop vite. J'ai acheté une vaisselle complète en bambou, des sacs de toutes tailles, un filtre à eau sophistiqué. Résultat : ma valise pesait 3 kg de plus, et j'ai utilisé la moitié de ces objets une seule fois. Le minimalisme est plus efficace que l'accumulation d'objets « écologiques ».
  • La troisième : sous-estimer le contexte local. Dans un pays où l'eau du robinet n'est pas potable et où l'on ne trouve que des bouteilles en plastique, il faut un plan B. Mon plan B, c'est la gourde filtrante et le comprimé de purification. Sans eux, j'aurais produit des dizaines de bouteilles vides en une semaine.

Le zéro déchet en voyage n'est pas une discipline rigide. C'est un ensemble de réflexes qui s'adaptent au terrain. Et c'est précisément cette flexibilité qui le rend tenable sur la durée.

Vers un voyage plus léger

En fin de compte, le voyage zéro déchet ne se résume pas à une liste d'interdits. C'est une autre façon de se projeter dans le monde. On y gagne une attention nouvelle aux détails : le goût d'un fruit acheté au marché, le savoir-faire d'un artisan qui répare, la conversation avec un habitant qui vous explique le système de tri local.

Le voyage n'en devient pas plus compliqué. Il devient plus dense. Et c'est, je crois, une bonne façon de voyager : avec un peu moins de déchets, et beaucoup plus de présence.

Antoine Moreau

Antoine Moreau

Antoine Moreau est un écrivain reconnu pour sa passion des aventures en montagne et des voyages en train, qu'il partage à travers ses récits captivants. Il mêle habilement l'art de la narration à ses expériences personnelles, transportant ses lecteurs dans des périples inoubliables. Sa plume allie précision et sensibilité, faisant de chaque texte une invitation au voyage et à la découverte.

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